J'avais beau écarquiller les yeux je ne parvenais pas à me réveiller J'étais là plantée au beau milieu de la réalité comme enfermée dans du coton invisible l'intérieur de la tête comme un poisson mort Je restais là comme une imbécile le cerveau bloqué en mode sidération Je regardais les autres filles comme sur une photo floue ou en noir et blanc une photo dont j'aurais été absente effacée déjà Là sur ce trottoir du Tribunal de Commerce Et dans ma tête repassaient en accéléré toutes ces années comme dans les mauvais films à l'instant où le héros meurt On pensait entrer pour 2, 3 ans Et nous voilà Et ça a duré toutes nos vies Et plus les années ont passé plus on a fait comme les autres baissé la tête et serré les fesses en espérant passer à travers les gouttes en espérant ne pas faire partie de la prochaine charrette Jusqu'à ce matin-là ce trottoir devant le tribunal Cette fois on en était de la charrette à notre tour Une révolte, une prise de conscience ou une révélation, un peu tout cela à la fois pour un groupe d'ouvrières des ateliers textiles Lejaby à Yssingeaux qui, en 2010, ont commencé le combat pour sauvegarder leurs emplois.Pas de misérabilisme, pathos ou regard défaitiste. Ici on fabrique du glam, du sensuel, du luxe. On compose des chants de résistance à partir des hits du top 50. On résiste. On lutte. On vit tout simplement.Ce texte, commande de la metteuse en scène Claudine Van Beneden à Carole Thibaut, est issu d'un collectage de témoignages auprès d'ex-ouvrières de différents ateliers de lingerie, de celles qu'on a appelées « les Lejaby ». De ces paroles est né un véritable texte de théâtre sur le monde ouvrier féminin et ses combats actuels.