Jephan de Villiers et sa civilisation imaginaire sont un signe pour notre temps. Présence de l’arbre, de l’eau, travail sur la mémoire. Prescience presque prophétique, dès l’émergence de son œuvre, d’une menace pesant sur la nature. Création d’un peuple d’âmes-oiseaux au regard lucide et inquiet à la fois, émouvantes vigies faites de bois et d’écorce, de châtaignes d’eau, d’œufs de raies ou de rejets de l’océan. Créatures habitées. « Œufs de mémoire » parcourus de signes énigmatiques. Pages couvertes d’une écriture libre et instinctive. Guetteur de mondes oubliés, Jephan de Villiers arpente forêt et rivages, dans une solitude voulue et tranquille. Arpenter. Glaner. Déposer dans l’atelier. Laisser le temps faire son œuvre méditative, laisser les éléments sauvages vous choisir ou se choisir entre eux. Apprivoiser, assembler, construire. Toute une vie livrée au geste, aux rencontres, à la patience. À ce qui est donné lorsque le regard se fait attentif à ce qui a été mais aussi à ce qui vient. Car ce travail se révèle, aujourd’hui plus que jamais, d’une actualité émouvante. Le livre se veut le reflet de ce parcours aussi tranquille que déterminé, d’une cohérence rare.