Le sol est composé de neige. L'air est froid. Je bénis les quelques rayons de soleil qui chauffent le peu de peau de mon visage découvert. Il est très tôt ce matin et je marche depuis plusieurs heures dehors, mon appareil photo en bandoulière, téléobjectif en place, à la recherche de toujours plus de beau. Le sac à dos contenant le reste du matériel photographique commence à meurtrir mes épaules, mais cela n'importe pas lorsque l'on se trouve dans un tel endroit. Soudain, j'entends des bruits de pas derrière moi. Des petits pas tous feutrés, délicats, rapides, auxquels mes oreilles se sont désormais habituées : je reconnais bien là la démarche pressée mais maladroite de manchots Adélie. Ils sont trois. Ils me frôlent, comme si je n'étais pas là. Je ne fais pourtant pas dans la discrétion avec mes vêtements en duvet d'oie, mes grosses bottes fourrées et mon attirail de photographie. J'ai juste le temps de réaliser la beauté simple et singulière de la scène, de dégainer, viser, régler, mettre au point, cadrer et déclencher. Ouf. Il était moins une avant que je manque ce cliché, l'un de mes préférés parmi les centaines d'images que je ramènerai du Continent Blanc.