Certaines l’ont appelé Effondrement.D’autres y ont vu le grand Début. Sur la terre rendue aux tempêtes de poussière et aux crues, il ne resteplus beaucoup d’humaines. Quelques-unes sont parvenues à fonder lagrande verdure, communauté perchée dans les hauteurs d’une villeabandonnée. Nouvelle façon de vivre ensemble : on habite en Logis(celui des Cactus s’occupe de la subsistance, les Consoudes veillent ausoin…) et l’on attribue des rôles diplomatiques aux plantes qui accompagnentnos conversations. Mais Lierre Hélix ne supporte plus de multiplier les précautions pour empêcher l’émotion de surgir. Elle est en colère.Elle s’en va. En fuite dans les ruines, Lierre découvre qu’une silhouette vit sur leur territoire,dans les plis de leur surveillance. Acrobate hors pair, maraîchère et porteuse de fantômes, Sable déborde de larmes et d’amours, oui, Sable déborde toujours. Sa présence semble inconciliableavec la vie codifiée de la grande verdure, peut-être incapable de faireune place à des personnes différentes. À quelle distance se tenir pour habiter ensemble, sans étouffer ? Alors que les fictions post-apocalyptiques encensent habituellementla liberté individuelle comme seul refuge (« Ne faites confiance àpersonne », « Tirez à vue »), ce premier roman de Lucie Heder est unconte féministe de la reconstruction, à mi-chemin entre Tabor(Phoebe Hadjimarkos Clarke) et Viendra le temps du feu (WendyDelorme). Une société idéale peinant à se remettre en cause, unréalisme magique qui soigne ensemble la terre polluée et leshumaines traumatisées ; qui fait pousser les espoirs, les composts etles intersections. Extrait Qu’est-ce que je donnerais pas pour une bassine d’eau claire, ça me rafraîchirait les idées ! Mais les bassines d’eau claire, à la Grande Verdure, il n’y en a que pour les plantes. Car chaque conversation est une plante. On garde la précieuse eau pour chouchouter comment on se parle, on ne la gaspille pas juste parce qu’on passe une mauvaise journée. Pourtant moi je pourrais y tremper mes mains, les porter en coupe vers mes narines et inspirer l’odeur de l’eau qui se mélange à la sueur sur mes paumes. Quand j’étais petite et qu’on avait l’eau courante, elle me plaisait cette odeur de sueur mélangée à l’eau fraîche, c’était une de mes odeurs préférées.