Suite à une dispute provoquée par une subite envie nocturne de saucisson, Sémione se rend dans la cuisine pour se rassasier, mais sa femme, croyant qu’il va commettre l’irréparable, demande de l’aide à un voisin. Dans l’obscurité, il va prendre le saucisson pour un pistolet. La rumeur sur ce possible suicide fantasmé enfle à un tel point qu’elle arrive aux oreilles de plusieurs représentants du corps social, bâillonnés par le pouvoir stalinien. Tous voient alors dans ce martyr providentiel l’opportunité de faire entendre leurs voix, puisque « seuls les morts peuvent dire tout haut ce que les vivants pensent tout bas ». Avec une bonne dose de cynisme, ils vont alors tenter de convaincre Sémione de se suicider pour leurs causes respectives. « N'importe comment, mais vivre. Quand on coupe la tête à un poulet, il continue de courir dans la cour la tête coupée, même comme un poulet, même la tête coupée, mais vivre. Camarades, je ne veux pas mourir : ni pour vous, ni pour eux, ni pour une classe, ni pour l'humanité, ni pour Maria Loukianovna. Dans la vie, vous pouvez être des gens très chers, des bien-aimés, des proches. Même les plus proches. Mais devant la mort, que peut-il y avoir de plus proche, de plus aimé, de plus cher que son bras, que sa jambe, que son ventre ? Je suis amoureux de mon ventre, camarades. Je suis amoureux fou de mon ventre, camarades. »