Saint-Bourdon pourrait s'apparenter à un village comme les autres, mais ce serait passer sous silence les coulées de boue qui l'ont coupé du monde pendant des mois, l'incendie criminel qui a ravagé son église ainsi que tous les cadavres qui pourrissent sous terre. Non, Saint-Bourdon n'a rien d'une localité banale: sous la grêle et les bourrasques, le village est dominé par les ombres du passé et l'angoisse d'un futur qui semble ne jamais advenir. Dès qu'elle en a eu la possibilité, Madeleine - la boiteuse, la mal-aimée - a fui Saint-Bourdon. Elle travaille désormais à l'hôpital de Grand-Ville, où elle est responsable de nettoyer les corps avant leur envoi à la morgue. Madeleine entretient un rapport complexe avec ses « clients »: elle leur raconte des histoires et écoute leurs confidences en retour. Car c'est bien connu: les gens, en mourant, emportent de nombreux secrets avec eux. Or, un soir, Madeleine se retrouve face à la dépouille de son frère, Édouard, qui de son vivant n'a jamais quitté le village. D'une confession à l'autre, un jeu de miroirs déformants s'installe: à quel personnage se fier pour discerner la réalité? Qui fabule, qui dit vrai ? Avec une intrigue aux multiples enchevêtrements et portée par des personnages plus grands que nature, Madeleine nous berce dans une atmosphère onirique et emplie de mystères. Monique Le Maner signe ici une œuvre remarquable, qui nous confirme une fois de plus l'habileté et la force de son écriture romanesque.À la table voisine, un homme et une femme grognent chacun de leur côté, seule façon qu’ils ont maintenant de se disputer, et la haine fait vibrer les fanons pendus à leur cou. Au-dehors, quelques flocons chargés d’eau collent aux murs et à l’asphalte. Un pensionnaire en complet s’extasie, il trouve ça tellement beau, comme s’il voyait des flocons de neige pour la première fois. À l’autre bout de la salle, un monstre couvert de bubons lit un petit livre qui paraît minuscule entre ses doigts enflés. Un autre résident, un grand maigre affublé d’un bonnet de laine à grelots, tricote ou fait semblant ; les quatre aiguilles qui dansent dans ses mains font le même tic-tac essoufflé qu’une vieille horloge, mais aucun point ne se forme sur la laine fatiguée. Monique Le Maner a été professeure de littérature et de latin en France, puis en Algérie et au Togo, avant de devenir journaliste dans un hebdomadaire parisien. Elle vit aujourd’hui à Montréal.Monique Le Maner a été professeure de lettres et de latin en France, puis en Algérie et au Togo avant de devenir journaliste dans un hebdomadaire parisien. Réviseure dans un cabinet de traduction montréalais puis à son compte, elle est l’autrice d’une pièce de théâtre radiophonique diffusée sur France Culture, et aussi de nombreuses biographies, de récits pour enfants et autres sous le nom de Monique Lepage ; elle a également publié des romans policiers relatant les enquêtes de l’ex-journaliste-détective Onésime Gagnon, ainsi que cinq autres romans très originaux parus chez Triptyque qui ont eu quelques bons échos, et plusieurs nouvelles dans la la revue Mœbius .