Le blockbuster original est-il mort ? Par « blockbuster », nous entendons « divertissement populaire à gros budget » (hors animation). Ces dernières années, nous avons assisté à l’échec commercial de plusieurs superproductions de qualité : Le Dernier Duel, The Creator ou encore The Fall Guy. Or, ces films avaient un point commun : tous reposaient sur une histoire originale. Ni remakes, ni reboots, ni franchises existantes. Et lorsqu’on prend du recul, on constate que ces échecs constituent les marqueurs d’une tendance assez déprimante. À quand remonte le dernier succès planétaire d’un film populaire original — l’équivalent moderne d’un Star Wars, d’un Indiana Jones ou d’un Independence Day ? 2010 ! Depuis la sortie d’Inception il y a 14 ans, aucun blockbuster original n’a été un succès mondial. Si ça, ce n’est pas le signe d’un changement majeur… Certes, il y a encore de la place pour des films originaux comme John Wick ou Sans un Bruit, mais leur succès initial reste très modeste en comparaison d’un Marvel. Le problème, on le connaît : le public est aujourd’hui confronté à une offre pléthorique. Pourquoi dépenser 15 euros au cinéma quand on peut avoir pour le même prix un mois de streaming illimité ? Le seul moyen d’attirer le public dans les salles, c’est de miser sur un label connu. D’où le flot incessant de reboots des années 80 : Bad Boys, Flic de Beverly Hills, Top Gun, Road House, Beetlejuice… Le studio Disney en a même fait sa marque de fabrique : parmi tous ses projets en cours, on ne compte qu’un seul sujet original. Le problème est que ces suites, remakes et reboots répètent, sauf exception, la même formule. C’est la recette du fast food appliquée au cinéma — on consomme et on oublie. Le constat est amer : les blockbusters modernes ont perdu leur fonction de marqueurs générationnels. Ils ne façonnent plus la culture de demain, ils se contentent de recycler celle du passé. Alain Bielik