Les effets visuels modernes ont connu deux grandes révolutions : la mise au point du motion control pour le premier Star Wars en 1977, et l’avènement du numérique pour Jurassic Park en 1993. Il semble bien que nous soyons en train de vivre la troisième. L’intelligence artificielle s’impose dans notre quotidien à vitesse vertigineuse, et depuis quelques années, elle frappe à la porte des effets visuels. Here pourrait bien être pour l’I.A. ce que Jurassic Park a été pour l’animation 3D : le point de bascule. Celui où le cinéma ne sera plus jamais le même. Pour la première fois, tous les aspects des effets visuels ont subi un traitement par I.A. Les rajeunissements d’acteurs, bien sûr, mais aussi les environnements créés par ordinateur. La vraie surprise est venue de la capacité de l’I.A. de générer les rajeunissements pendant les prises de vues elles-mêmes. Le réalisateur pouvait voir sur ses moniteurs les deux versions — réelle et rajeunie — quasiment en simultané. Un progrès majeur dans une discipline qui a toujours souffert de la quasi-impossibilité pour les cinéastes de visualiser l’image finale sur le plateau. À l’évidence, cette technologie préfigure le cinéma de demain. Le résultat est loin d’être parfait, mais les promesses sont vertigineuses. Et le film entier n’a coûté que 50 millions de dollars — trois fois moins que The Irishman. Une révolution technologique aussi abordable, voilà qui parle aux actionnaires ! Sur le plan qualitatif, le bilan est encore très inégal. Mais souvenons-nous : il a fallu moins de deux ans pour passer du T-1000 de Terminator 2 au tyrannosaure de Jurassic Park. Où en seront les effets visuels par I.A. dans 24 mois ? Rien n’empêche aujourd’hui Harrison Ford de jouer dans un remake de Star Wars : Solo, ou Daniel Craig de rempiler pour trois nouveaux James Bond. Plus que jamais, tout est possible. Alain Bielik