La citadelle James Bond est finalement tombée. Après 63 ans de résistance héroïque face aux assauts des multinationales du cinéma, puis du streaming, la famille Broccoli a finalement cédé le contrôle créatif de la saga. Face au chèque monumental qu’Amazon a aligné, Barbara Broccoli a vu une porte de sortie, tandis que Michael Wilson, 83 ans, a sans doute entendu sonner les sirènes de la retraite. La destinée de l’un des héros les plus célèbres de l’histoire du cinéma est donc désormais entre les mains d’un supermarché en ligne. James Bond est un cas unique dans l’histoire du cinéma. Voilà un héros dont le public ne s’est jamais lassé, malgré 25 films et six acteurs différents. Sa longévité est sans équivalent. À comparer à Marvel qui a fini par lasser en une vingtaine de films, ou à Star Wars qui piétine après neuf films… Aura-t-on un John Wick 25 en 2073 ? Inimaginable, et pourtant, James Bond l’a fait. Ce caractère inoxydable, 007 le doit à deux facteurs essentiels. Premièrement, il fait rêver — hommes comme femmes. Bond a toujours eu cette touche de sophistication cool qui le situe dans un monde à part. Deuxièmement, sa rareté le rend précieux. Mais jusque quand ? Car Amazon va vouloir rentabiliser son monstrueux investissement : série dérivée, rythme de sortie accéléré… au risque de diluer tout ce qui faisait la force intemporelle du label James Bond. Comme Disney l’a fait avec Star Wars et Marvel. Il est vrai que le traitement du Seigneur des Anneaux par Amazon a de quoi alimenter toutes les craintes. Mais rien ne s’était passé autour de 007 depuis quatre longues années… Ça bouge enfin ! Amazon a fait un superbe travail avec Jack Reacher — pourquoi ne pas leur accorder le bénéfice du doute ? Et puis, le futur producteur va pouvoir partir d’une page blanche : non seulement on va découvrir un nouveau James Bond, mais un James Bond nouveau. Et ça, c’est plutôt excitant. Alain Bielik