Y aurait-il une forme de mépris, chez une partie de nos lecteurs, à l'égard des effets spéciaux français ? La question a été soulevée par un superviseur SFX français qui nous a rapporté sa conversation avec un technicien, lecteur de S.F.X. Celui-ci se plaignait de notre choix de mettre régulièrement en avant les effets spéciaux made in France. Son propos, en substance, était le suivant : « J'en ai rien à faire qu'on parle des effets spéciaux français. Je n'achète pas S.F.X pour ça. Moi, ce qui m'intéresse, ce sont les articles sur les studios américains. » Une position révélatrice, symptôme d'une certaine arrogance culturelle vis-à-vis du cinéma français. Qu'il nous soit donc permis d'y répondre. Soyons honnêtes : il fut un temps où ce mépris trouvait un certain fondement. Dans les années 80, comparer les créations d'un Rick Baker ou d'un Stan Winston à celles de leurs homologues français revenait à constater un écart évident. Mais cette réalité appartient au passé. Depuis quarante ans, le cinéma français a profondément évolué. À l'arrivée de cinéastes ambitieux — Jeunet, Kounen, Besson, Noé… — s'est ajoutée l'émergence d'une génération entière de maquilleurs SFX et de superviseurs VFX formés à l'école de Rick Baker, Rob Bottin ou d'ILM. Résultat : le retard a été comblé. Qui peut encore nier l'excellence technique de films comme Le Comte de Monte-Cristo, L'Homme qui rétrécit ou le Dracula de Luc Besson ? Ces productions n'ont rien à envier aux meilleures réussites américaines. Aux Oscars et aux BAFTA du meilleur maquillage, deux équipes sur cinq étaient françaises — et c'est un Français qui a été couronné des deux côtés de l'Atlantique. Enfin, quel pays Guillermo del Toro a-t-il choisi pour ouvrir son école de stop-motion ? Le nôtre. Les vocations nées dans nos pages se comptent aujourd'hui par dizaines. Si nous pouvons faire naître des ambitions, nous aurons contribué, à notre modeste échelle, à façonner le cinéma français de demain. Alain Bielik